Le pays croît beau­coup en beauté…

Arthur Young | Voyages en France en 1787, 1788 et 1789 (1792)

5 juin. — Le pays croît beau­coup en beau­té ; tra­ver­sé une val­lée, où une chaus­sée retient l’eau d’un petit ruis­seau et l’épanouit en un lac, ce qui forme un déli­cieux pay­sage. Ses rives ondu­lées et bor­dées de bois sont char­mantes ; les col­lines, des deux côtés, sont à l’unisson ; ce ter­rain cou­vert de bruyères, l’œil pro­phé­tique du goût pour­rait le trans­for­mer en une pelouse. Pour faire de ce site un jar­din, rien ne manque que de déblayer les décombres.

L’aspect géné­ral du pays, pen­dant 16 milles, est de beau­coup le plus beau que j’aie vu en France : de nom­breuses clô­tures et beau­coup de bois ; le feuillage ombreux des châ­tai­gniers donne la même char­mante ver­dure aux col­lines, que les prai­ries irri­guées (vues aujourd’hui pour la pre­mière fois), aux val­lées. Au loin, des chaînes de mon­tagnes se forment en fond du tableau et donnent de l’intérêt à tout le pay­sage. La des­cente, qui nous mène à Bas­sines [Bes­sines] , offre une vue splen­dide et à l’approche du bourg, c’est un grou­pe­ment sin­gu­lier de rochers, de bois et d’eau. En nous ren­dant à Limoges, nous tra­ver­sons un autre lac arti­fi­ciel, entre des col­lines culti­vées, au-des­sus, sont des col­lines plus sau­vages, mais mêlées de val­lées plai­santes ; encore un lac, mais plus beau que le pre­mier, avec une cein­ture de bois et d’eau. Tra­ver­sé une mon­tagne, avec un taillis de châ­tai­gniers, d’où l’on a une pers­pec­tive, comme je n’en ai jamais vu en France ou en Angle­terre : une suc­ces­sion de col­lines et de val­lées, toutes cou­vertes de bois et bor­nées par des mon­tagnes. Pas trace d’habitation humaine ; pas de vil­lage, ni mai­son, ni hutte, pas une même fumée, révé­lant un pays habi­té ; un pay­sage amé­ri­cain, assez sau­vage pour qu’on ima­gine y ren­con­trer le toma­hawk de l’Indien.

Arthur Young, Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, Armand Colin, 1931, p.95–96 (dis­po­nible sur Gal­li­ca).

Sou­vent assez cri­tique envers les pay­sages et les pra­tiques agri­coles fran­çaises, Arthur Young tombe sous le charme du Limou­sin qu’il découvre par le Nord de la Haute-Vienne. Dans cet extrait, il vante les pay­sages des monts de Blond.