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title: 'Il est vrai...'
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date: '2026-07-01'
description: 'Alors qu’ils che­minent ensemble, le baron de Mont­brun expose au sire de Cachamp ses vues sur le châ­teau de Las­tours qui appar­tient à sa nièce, Valé­rie, dont il est le tuteur. Celle-ci cepen­dant ne cède guère à ses demandes et, au cours du dîner qui suit, pre­nant les gens de la cour de Mont­…'
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# Il est vrai…

 [Élie Berthet](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/elie-berthet) | [*Le Château de Montbrun*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/elie-berthet/le-chateau-de-montbrun) (1847)

> — Il est vrai, che­va­lier ; mais pour vous faire com­prendre ce que j’exige, je dois vous dire à quel titre je tiens en ce moment le manoir de Las­tours. Ce beau fief a pas­sé dans ma famille du chef de mon épouse, dona Mar­gue­rite de Com­born, dame de Mont­brun. Le der­nier sei­gneur de Las­tours, le baron Geof­froi, périt à la bataille de Poi­tiers, il y a quelque seize ou dix-sept ans ; il lais­sait pour unique héri­tier en ligne directe un enfant de trois ans qu’on avait confié pour l’élever aux moines du Châ­lard ; c’est une abbaye située non loin d’ici, près de la ville de Saint-Yrieix. Mal­heu­reu­se­ment le couvent fut pillé par les Anglais peu de temps après la bataille, et l’enfant dis­pa­rut. Quoi qu’on ait pu dire, il a péri sans doute, car il y eut grand mas­sacre des gens de l’abbaye et on n’a jamais eu de ses nou­velles. \[…\] s’il en était ain­si mon droit ne serait pas dou­teux, et il n’aurait pas besoin de garan­tie… Le fief de Las­tours, reve­nait, du chef de sa mère, à la damoi­selle cou­sine ger­maine de l’enfant. C’est à titre de tutrice de ladite damoi­selle Valé­rie que ma femme et moi, par suite, nous avons été mis en pos­ses­sion pro­vi­soire du domaine.
> — Je ne suis pas un savant légiste ; cepen­dant, à mon avis, le manoir en ques­tion est un dépôt lais­sé entre vos mains, et puisque le légi­time héri­tier a dis­pa­ru, vous devrez le res­ti­tuer à votre pupille Valé­rie, le jour où elle le récla­me­ra.
> — Et voi­là pré­ci­sé­ment où gît la dif­fi­cul­té, dit le baron d’un ton sou­cieux ; cette Valé­rie est une don­zelle tur­bu­lente, par­fai­te­ment inca­pable de res­ter maî­tresse d’elle-même et de défendre ses biens, dans les temps de troubles
> où nous vivons…
> — Je com­prends, mais que faire à cela ? Le droit de votre nièce est clair, incon­tes­table…
> — Le droit, le droit ! répé­ta Mont­brun avec humeur ; par l’âme de mon père (que Dieu le reçoive en son saint par­don), n’ai-je pas acquis aus­si quelques droits sur Las­tours ? Depuis près de quinze ans, je suis le gar­dien du châ­teau. Je l’ai défen­du au péril de mon corps contre l’Anglais et le Fran­çais, contre les Bre­tons et les rou­tiers. Depuis près de quinze ans, j’y entre­tiens de mes deniers une forte gar­ni­son de gens d’armes, et le fief en lui-même ne rap­porte rien… Enfin, pour cou­per court, mes­sire, je ne suis pas dis­po­sé à perdre le fruit de si longs et de si nom­breux sacri­fices. Voi­ci donc ce que je deman­de­rais au sou­ve­rain dont je consen­ti­rais à deve­nir le vas­sal ; la pro­prié­té du châ­teau de Las­tours et dépen­dances me serait garan­tie à tout jamais, tant à moi qu’à mes héri­tiers… J’indemniserais la pupille de ma femme, à ma générosité.
> 
> Pen­dant cette conver­sa­tion, les che­va­liers avan­çaient tou­jours au petit pas de leurs che­vaux. \[…\] la marche du cor­tège était lente, car on mon­tait en ce moment une côte assez raide sur les flancs de laquelle s’élevaient les construc­tions inha­bi­tées du hameau de Montbrun.
> 
> Ces mai­sons étaient misé­rables, irré­gu­lières ; la plu­part mena­çaient ruine et por­taient des traces d’incendie. Des enclos, entou­rés de haies vives, s’étendaient der­rière cha­cune d’elles et pré­sen­taient encore quelques restes de culture ; mais tous les habi­tants, hommes et femmes, enfants et vieillards, avaient cher­ché asile der­rière les hautes murailles du châ­teau ; un silence de mort régnait dans l’unique rue du village.
> 
> \[…\]
> 
> Le sire de Cachamp parut enfin com­prendre net­te­ment de quelle nature étaient les exi­gences du baron de Mont­brun. Il jeta sur lui un regard de mépris ; la rou­geur de l’indignation colo­ra son visage.
> 
> — Ain­si donc, mes­sire, dit-il avec cha­leur, vous atten­dez d’un roi, d’un roi de France, de Charles cin­quième, sur­nom­mé *le Sage*, qu’il vous auto­rise à dépouiller une orphe­line de son héri­tage, qu’il vous garan­tisse la libre jouis­sance d’un domaine usur­pé ? Par Notre-Dame d’Auray ! est-ce là agir et par­ler en che­va­lier?… Quant à moi, sei­gneur de Mont­brun, rete­nez bien ceci : S’il y avait, ce qu’à Dieu ne plaise, un roi assez mal­heu­reux pour accep­ter vos condi­tions, je n’irais pas les lui pro­po­ser, s’agit-il de ral­lier à sa cause tous les barons d’Aquitaine et tous ceux d’Angleterre par-des­sus le marché.

 Élie Ber­thet, *Le Châ­teau de Mont­brun*, M. et P.-E. Cha­raire (Sceaux), 1875, p.20–21.

Alors qu’ils che­minent ensemble, le baron de Mont­brun expose au sire de Cachamp ses vues sur le châ­teau de Las­tours qui appar­tient à sa nièce, Valé­rie, dont il est le tuteur. Celle-ci cepen­dant ne cède guère à ses demandes et, au cours du dîner qui suit, pre­nant les gens de la cour de Mont­brun à témoin et après s’être mise sous la pro­tec­tion du sire de Cachamp, Valé­rie ne manque de reve­nir sur l’odieux com­por­te­ment de son oncle :

> – Moi, Valé­rie de Las­tours, j’accuse le baron Ayme­ric de Mont­brun et son épouse, dona Mar­gue­rite, de rete­nir injus­te­ment mes domaines héré­di­taires, à savoir : le châ­teau de Las­tours, avec ses terres et appar­te­nances… j’accuse encore le châ­te­lain et la châ­te­laine de Mont­brun de me gar­der ici pri­son­nière ; je les accuse enfin d’avoir employé plus d’une fois les menaces et la vio­lence pour me for­cer à signer un acte d’abandon de tous mes droits sur les fiefs de ma famille…

Élie Ber­thet, *Le Châ­teau de Mont­brun*, M. et P.-E. Cha­raire (Sceaux), 1875

Du fait de l’entêtement de sa nièce, le baron de Mont­brun en est venu à condi­tion­ner son ral­lie­ment au roi de France ou au roi d’Angleterre à l’obtention de la pleine et entière pro­prié­té de ce châ­teau… Ce qui ne va pas sans frois­ser le carac­tère che­va­le­resque du sire de Cachamp.

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