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title: Correspondance
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date: '2026-07-01'
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# Cor­res­pon­dance

 [Eugène Delacroix](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/eugene-delacroix)

> *A Pier­ret,*
> 
> *Souillac, 20 octobre 1820,*
> 
> Mon cher ami, j’ai reçu ta lettre la veille de mon départ pour ici. C’était le soir, j’avais déjà fait mon sacri­fice et je n’espérais plus rien avoir de vous autre dans la Cha­rente. Je ne te dis donc pas le plai­sir que j’ai res­sen­ti. Je lisais et je reli­sais, et ce fut une des occu­pa­tions de ma route. Quand j’ouvre ta lettre, je suis comme un homme à qui le froid fait venir des larmes dans les yeux qui obs­cur­cissent sa vue devant un beau paysage…
> 
> Je suis dans le pays de mon beau-frère. Il n’est pas de pré­ve­nances dont je ne sois com­blé. Ce sont de bien bonnes gens et qui font des cui­si­nages qui n’en finissent point. Les repas durent quatre heures, parce que sur le déclin les sou­ve­nirs d’enfance se réveillent et ouvrent les cœurs des sœurs et des frères qui sont très ridés, éloi­gnés les uns des autres. Et puis la poli­tique a ses tons. Mon beau-frère a des pré­ten­tions à la dépu­ta­tion. Je ne crois pas qu’il soit nom­mé ici cette année. Peut-être le sera-t-il dans la Charente…
> 
> Je suis dans la plus belle val­lée qui se puisse ima­gi­ner. J’espère rap­por­ter d’ici quelques belles vues. Le voyage de la forêt ici a été pour moi bien char­mant. J’ai tra­ver­sé une par­tie du Limou­sin et ce sont là véri­ta­ble­ment des choses agréables. Ce ne sont que mon­tagnes immenses tapis­sées jusqu’en haut de vertes prai­ries. De grands rochers de gra­nit rouge, noir, gris, qui sont sus­pen­dus sur votre tête. Les aspects varient à chaque pas. La tête et les regards sont sol­li­ci­tés de tous côtés. Ces vues magni­fiques vous échappent avant qu’on ait pu les fixer. Le che­val de poste et le pos­tillon peu sen­sibles aux belles vues, vous entraînent impi­toya­ble­ment. Tout au fond de ces flancs de mon­tagnes si hautes et si rapides, coulent à flots clairs ou écu­mants de petites rivières qui ser­pentent émaillées dans des bords plan­tés d’aunes et de peu­pliers ou qui tombent en cas­cades qu’on entend de loin. Point ou presque pas d’habitations. Quelques cha­lets noirs et iso­lés sus­pen­dus aux coteaux. Il faut voir là s’en don­ner les bœufs et les che­vaux et les mou­tons. Ils vont là où l’herbe les attire ; ils montent et des­cendent sans gêne et vont tout à loi­sir se bai­gner. Ah ! j’ai éprou­vé autant de regrets que de jouis­sances. Mais il faut y pas­ser des mois entiers pour y trou­ver à recueillir quelques fruits. Un cro­quis ne peut suf­fire. Les contours de ces belles mon­tagnes bleues sont si cou­lants et si variés, si fins, si fugi­tifs, qu’il y fau­drait une étude assidue…

 *Lettres de Eugène Dela­croix (1815 à 1863)*, recueillies et publiées par M. Phi­lippe Bur­ty, A. Quan­tin, 1878, p.42–43 (dis­po­nible sur [Gal­li­ca](http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205063z)).

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