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title: 'Dans les montagnes de la Creuse...'
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date: '2026-07-01'
description: 'Dans le pro­logue de Jeanne, George Sand nous invite à gra­vir le mont Bar­lot où sont posées les Pierres Jau­mâtres, curio­si­té géo­lo­gique de la Creuse qui ne manque de sus­ci­ter les inter­ro­ga­tions et les inter­pré­ta­tions his­to­riques, au même titre d’ailleurs que la Pierre aux neufs gra…'
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# Dans les mon­tagnes de la Creuse…

 [George Sand](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/george-sand) | [*Jeanne*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/george-sand/jeanne) (1844)

> Dans les mon­tagnes de la Creuse, en tirant vers le Bour­bon­nais et le pays de Com­braille, au milieu du site le plus pauvre, le plus triste, le plus désert qui soit en France, le plus incon­nu aux indus­triels et aux artistes, vous vou­drez bien remar­quer, si vous y pas­sez jamais, une col­line haute et nue, cou­ron­née de quelques roches qui ne frap­pe­raient guère votre atten­tion, sans l’avertissement que je vais vous don­ner. Gra­vis­sez cette col­line ; votre che­val vous por­te­ra, sans grand effort, jusqu’à son som­met ; et là, vous exa­mi­ne­rez ces roches dis­po­sées dans un cer­tain ordre mys­té­rieux, et assises, par masses énormes, sur de moindres pierres où elles se tiennent depuis une tren­taine de siècles dans un équi­libre inal­té­rable. Une seule s’est lais­sée choir sous les coups des pre­mières popu­la­tions chré­tiennes, ou sous l’effort du vent d’hiver qui gronde avec per­sis­tance autour de ces col­lines dépouillées de leurs antiques forêts. Les chênes pro­phé­tiques ont à jamais dis­pa­ru de cette contrée, et les drui­desses n’y trou­ve­raient plus un rameau de gui sacré pour parer l’autel d’Hésus. Ces blocs posés comme des cham­pi­gnons gigan­tesques sur leur étroite base, ce sont les men­hirs, les dol­mens, les crom­lechs des anciens Gau­lois, ves­tiges de temples cyclo­péens d’où le culte de la force sem­blait ban­nir par prin­cipe le culte du beau ; tables mons­trueuses où les dieux bar­bares venaient se ras­sa­sier de chair humaine, et s’enivrer du sang des vic­times ; autels effroyables où l’on égor­geait les pri­son­niers et les esclaves, pour apai­ser de farouches divi­ni­tés. Des cuvettes et des can­ne­lures creu­sées dans les angles de ces blocs, semblent révé­ler leur abo­mi­nable usage, et avoir ser­vi à faire cou­ler le sang. Il y a un groupe plus for­mi­dable que les autres, qui enferme une étroite enceinte. C’était peut-être là le sanc­tuaire de l’oracle, la demeure mys­té­rieuse du prêtre. Aujourd’hui ce n’est, au pre­mier coup d’œil, qu’un jeu de la nature, un de ces refuges que la ren­contre de quelques roches offre au voya­geur ou au pâtre. De longues herbes ont recou­vert la trace des antiques bûchers, les jolies fleurs sau­vages des ter­rains de bruyères enve­loppent le socle des funestes autels, et, à peu de dis­tance, une petite fon­taine froide comme la glace et d’un goût sau­mâtre, comme la plu­part de celle du pays Mar­chois, se cache sous des buis­sons ron­gés par la dent des boucs. Ce lieu sinistre, sans gran­deur, sans beau­té, mais rem­pli d’un sen­ti­ment d’abandon et de déso­la­tion, on l’appelle les *Pierres Jomâtres*.

 George Sand, *Jeanne*, Biblio­thèque élec­tro­nique du Qué­bec, p.11–13.

Dans le pro­logue de *Jeanne*, George Sand nous invite à gra­vir le mont Bar­lot où sont posées les Pierres Jau­mâtres, curio­si­té géo­lo­gique de la Creuse qui ne manque de sus­ci­ter les inter­ro­ga­tions et les inter­pré­ta­tions his­to­riques, au même titre d’ailleurs que la Pierre aux neufs gra­dins dont parle Mar­tin Nadaud au début de ses [*Mémoires de Léo­nard, ancien gar­çon maçon*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/martin-nadaud/memoires-de-leonard-ancien-garcon-macon/les-pierres-druidiques).

C’est en ce lieu que le des­tin de Jeanne se fige, suite à la géné­reuse plai­san­te­rie des jeunes amis Guillaume de Bous­sac, Mar­sillat et sir Arthur : cha­cun glisse une pièce dans la main de la jeune et inno­cente ber­gère, qui, croyant avoir été visi­tée par les *fades*, fera la pro­messe de ne jamais se marier.

Dans [*Pro­me­nades autour d’un vil­lage*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/george-sand/promenades-autour-dun-village) (1857), George Sand ne fait que men­tion­ner rapi­de­ment les Pierres Jau­mâtres, s’excusant d’en avoir que beau­coup trop par­lé dans un roman inti­tu­lé *Jeanne*.

> À deux lieues de Bous­sac, à tra­vers des sen­tiers de sable fin semé de rochers, et sou­vent per­dus dans la bruyère, on arrive aux pierres Jomâtres, ou *Jo-math*, comme disent nos savants, ou *Jomares*, comme disent les rus­tiques. C’est un véri­table crom­lech gau­lois, dont j’ai peut-être beau­coup trop par­lé dans un roman inti­tu­lé *Jeanne*, mais que l’on peut tou­jours explo­rer avec inté­rêt, qu’on soit artiste ou savant. Le lieu est aus­tère, décou­vert et impo­sant, sous un ciel vaste et jeté au sein d’une nature pâle et dépouillée qui a un grand cachet de soli­tude et de tristesse.

George Sand, *Pro­me­nades autour d’un vil­lage*, Biblio­thèque élec­tro­nique du Qué­bec, p.243.

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