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title: 'Le palais épiscopal de Limoges...'
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date: '2026-07-01'
description: 'Bal­zac, lors de sa venue à Limoges en 1832, n’a pas man­qué de se rendre à la cathé­drale et sans aucun doute d’être pro­fon­dé­ment par l’évêché de la ville, sur­plom­bant ain­si la Vienne. Contrai­re­ment à la géo­gra­phie qu’il dresse de la ville, les fau­bourgs du Pont-Saint-Étienne et du Pont…'
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# Le palais épis­co­pal de Limoges…

 [Honoré de Balzac](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/honore-de-balzac) | [*Le Curé de village*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/honore-de-balzac/le-cure-de-village) (1839)

> Le palais épis­co­pal de Limoges est assis sur une col­line qui borde la Vienne, et ses jar­dins, que sou­tiennent de fortes murailles cou­ron­nées de balus­trades, des­cendent par étages en obéis­sant aux chutes natu­relles du ter­rain. L’élévation de cette col­line est telle, que, sur la rive oppo­sée, le fau­bourg Saint-Étienne semble cou­ché au pied de la der­nière ter­rasse. De là, selon la direc­tion que prennent les pro­me­neurs, la rivière se découvre, soit en enfi­lade, soit en tra­vers, au milieu d’un riche pano­ra­ma. Vers l’ouest, après les jar­dins de l’évêché, la Vienne se jette sur la ville par une élé­gante cour­bure que borde le fau­bourg Saint-Mar­tial. Au-delà de ce fau­bourg, à une faible dis­tance, est une jolie mai­son de cam­pagne, appe­lée le Clu­zeau, dont les mas­sifs se voient des ter­rasses les plus avan­cées, et qui, par un effet de la pers­pec­tive, se marient aux clo­chers du fau­bourg. En face du Clu­zeau se trouve cette île échan­crée, pleine d’arbres et de peu­pliers, que Véro­nique avait dans sa pre­mière jeu­nesse nom­mée l’Île-de-France. À l’est, le loin­tain est occu­pé par des col­lines en amphi­théâtre. La magie du site et la riche sim­pli­ci­té du bâti­ment font de ce palais le monu­ment le plus remar­quable de cette ville où les construc­tions ne brillent ni par le choix des maté­riaux ni par l’architecture. Fami­lia­ri­sé depuis long­temps avec les aspects qui recom­mandent ces jar­dins à l’attention des fai­seurs de Voyages Pit­to­resques, l’abbé Dutheil, qui se fit accom­pa­gner de mon­sieur de Gran­cour, des­cen­dit de ter­rasse en ter­rasse sans faire atten­tion aux cou­leurs rouges, aux tons oran­gés, aux teintes vio­lâtres que le cou­chant jetait sur les vieilles murailles et sur les balus­trades des rampes, sur les mai­sons du fau­bourg et sur les eaux de la rivière. Il cher­chait l’Évêque, alors assis à l’angle de sa der­nière ter­rasse sous un ber­ceau de vigne, où il était venu prendre son des­sert en s’abandonnant aux charmes de la soi­rée. Les peu­pliers de l’île sem­blaient en ce moment divi­ser les eaux avec les ombres allon­gées de leurs têtes déjà jau­nies, aux­quelles le soleil don­nait l’apparence d’un feuillage d’or. Les lueurs du cou­chant diver­se­ment réflé­chies par les masses de dif­fé­rents verts pro­dui­saient un magni­fique mélan­gé de tons pleins de mélan­co­lie. Au fond de cette val­lée, une nappe de bouillons paille­tés fris­son­nait dans la Vienne sous la légère brise du soir, et fai­sait res­sor­tir les plans bruns que pré­sen­taient les toits du fau­bourg Saint-Étienne. Les clo­chers et les faîtes du fau­bourg Saint-Mar­tial, bai­gnés de lumière, se mêlaient au pampre des treilles. Le doux mur­mure d’une ville de pro­vince à demi cachée dans l’arc ren­trant de la rivière, la dou­ceur de l’air, tout contri­buait à plon­ger le pré­lat dans la quié­tude exi­gée par tous les auteurs qui ont écrit sur la diges­tion ; ses yeux étaient machi­na­le­ment atta­chés sur la rive droite de la rivière, à l’endroit où les grandes ombres des peu­pliers de l’île y attei­gnaient, du côté du fau­bourg Saint-Étienne, les murs du clos où le double meurtre du vieux Pin­gret et de sa ser­vante avait été com­mis ; mais quand sa petite féli­ci­té du moment fut trou­blée par les dif­fi­cul­tés que ses Grands-vicaires lui rap­pe­lèrent, ses regards s’emplirent de pen­sées impé­né­trables. Les deux prêtres attri­buèrent cette dis­trac­tion à l’ennui, tan­dis qu’au contraire le pré­lat voyait dans les sables de la Vienne le mot de l’énigme alors cher­ché par les des Van­neaulx et par la Justice.

 Hono­ré de Bal­zac, *Le Curé de vil­lage*, Biblio­thèque élec­tro­nique du Qué­bec, p.129–132.

Bal­zac, lors de sa venue à Limoges en 1832, n’a pas man­qué de se rendre à la cathé­drale et sans aucun doute d’être pro­fon­dé­ment par l’évêché de la ville, sur­plom­bant ain­si la Vienne.

Contrai­re­ment à la géo­gra­phie qu’il dresse de la ville, les fau­bourgs du Pont-Saint-Étienne et du Pont-Saint-Mar­tial ne se situent pas rive gauche mais bien rive droite.

> Dans cette même année, Limoges eut le ter­rible spec­tacle et le drame sin­gu­lier du pro­cès Tasche­ron, dans lequel le magis­trat déploya les talents qui plus tard le firent nom­mer Pro­cu­reur-géné­ral. Un vieillard qui habi­tait une mai­son iso­lée dans le fau­bourg Saint-Étienne fut assas­si­né. Un grand jar­din frui­tier sépare du fau­bourg cette mai­son, éga­le­ment sépa­rée de la cam­pagne par un jar­din d’agrément au bout duquel sont d’anciennes serres aban­don­nées. La rive de la Vienne forme devant cette habi­ta­tion un talus rapide dont l’inclinaison per­met de voir la rivière. La cour en pente finit à la berge par un petit mur où, de dis­tance en dis­tance, s’élèvent des pilastres réunis par des grilles, plus pour l’ornement que pour la défense, car les bar­reaux sont en bois peint. Ce vieillard nom­mé Pin­gret, célèbre par son ava­rice, vivait avec une seule ser­vante, une cam­pa­gnarde à laquelle il fai­sait faire ses labours. Il soi­gnait lui-même ses espa­liers, taillait ses arbres, récol­tait ses fruits, et les envoyait vendre en ville, ain­si que des pri­meurs à la culture des­quelles il excellait.

Hono­ré de Bal­zac, *Le Curé de vil­lage*, Biblio­thèque élec­tro­nique du Qué­bec, p.92–93.

Mais cette désor­ga­ni­sa­tion de l’espace est néces­saire à l’intrigue, à son décou­page ter­ri­to­rial et sym­bo­lique, comme le dit Nicole Mozet :

> Le Limoges bal­za­cien est donc une ville remo­de­lée : il fal­lait abso­lu­ment que le fleuve, fron­tière sym­bo­lique entre le monde de la Loi et celui de l’Amour, puisse être traversé \[…\]

Nicole Mozet, *La Ville de pro­vince dans l’œuvre de Bal­zac. L’espace roma­nesque : fan­tasmes et idéo­lo­gie*, Socié­té d’édition d’enseignement supé­rieur, 1982.

Cepen­dant, l’erreur, si l’on peut véri­ta­ble­ment par­ler d’erreur, concerne le Cluzeau :

> Pour l’essentiel, le Limoges du *Curé de vil­lage* est une construc­tion tex­tuelle, bien que la seule erreur topo­gra­phique notable com­mise par Bal­zac concerne la loca­li­sa­tion du Clu­zeau. Mais celle-ci joue un rôle si impor­tant dans l’organisation de l’espace roma­nesque qu’on est ten­té de pen­ser que cette erreur est volon­taire. Car de la posi­tion du Clu­zeau, lieu-dit fai­sant actuel­le­ment par­tie de la com­mune d’Isle, sur la rive droite de la Vienne, et que Bal­zac situe sur la rive gauche, en face du fau­bourg Saint-Mar­tial, dépend la loca­li­sa­tion de l’île de Véronique \[…\]

Nicole Mozet, *La Ville de pro­vince dans l’œuvre de Bal­zac. L’espace roma­nesque : fan­tasmes et idéo­lo­gie*, Socié­té d’édition d’enseignement supé­rieur, 1982.

Le Clu­zeau, c’est le lieu où les Sau­viat, après avoir mis un terme à leur acti­vi­té, s’installent dans une jolie mai­son de campagne.

> Le vieux Sau­viat liqui­da ses affaires, et ven­dit alors sa mai­son à la Ville. Il ache­ta sur la rive gauche de la Vienne une mai­son de cam­pagne située entre Limoges et le Clu­zeau, à dix minutes du fau­bourg Saint-Mar­tial, où il vou­lut finir tran­quille­ment ses jours avec sa femme. Les deux vieillards eurent un appar­te­ment dans l’hôtel Gras­lin, et dînèrent une ou deux fois par semaine avec leur fille, qui prit sou­vent leur mai­son pour but de pro­me­nade. Ce repos faillit tuer le vieux fer­railleur. Heu­reu­se­ment Gras­lin trou­va moyen d’occuper son beau-père. En 1825, le ban­quier fut obli­gé de prendre à son compte une manu­fac­ture de por­ce­laine, aux pro­prié­taires de laquelle il avait avan­cé de fortes sommes, et qui ne pou­vaient les lui rendre qu’en lui ven­dant leur éta­blis­se­ment. Par ses rela­tions et en y ver­sant des capi­taux, Gras­lin fit de cette fabrique une des pre­mières de Limoges ; puis il la reven­dit avec de gros béné­fices, trois ans après. Il don­na donc la sur­veillance de ce grand éta­blis­se­ment, situé pré­ci­sé­ment dans le fau­bourg Saint-Mar­tial, à son beau-père qui, mal­gré ses soixante-douze ans, fut pour beau­coup dans la pros­pé­ri­té de cette affaire et s’y rajeu­nit. Gras­lin put alors conduire ses affaires en ville et n’avoir aucun sou­ci d’une manu­fac­ture qui, sans l’activité pas­sion­née du vieux Sau­viat, l’aurait obli­gé peut-être à s’associer avec un de ses com­mis, et à perdre une por­tion des béné­fices qu’il y trou­va tout en sau­vant ses capi­taux enga­gés. Sau­viat mou­rut en 1827, par acci­dent. En pré­si­dant à l’inventaire de la fabrique, il tom­ba dans une cha­rasse, espèce de boîte à claire-voie où s’emballent les por­ce­laines ; il se fit une bles­sure légère à la jambe et ne la soi­gna pas ; la gan­grène s’y mit, il ne vou­lut jamais se lais­ser cou­per la jambe et mourut.

Hono­ré de Bal­zac, *Le Curé de vil­lage*, Biblio­thèque élec­tro­nique du Qué­bec, p.57–59.

De plus, bien que l’île, qui dans l’enfance de Véro­nique devien­dra l’Île-de-France en sou­ve­nir de sa lec­ture de *Paul et Vir­gi­nie*, soit sans doute pure­ment fic­tion­nelle, nous pou­vons l’imaginer être celle désor­mais appe­lée l’île aux oiseaux, aux abords directs du pont Saint-Mar­tial, sur la rive gauche. Il ne fait guère de doute d’ailleurs qu’un feu allu­mé sur cette île puisse atti­rer le regard depuis les jar­dins de l’Évêché.

> Dans les der­niers jours du mois de sep­tembre qui furent aus­si chauds que des jours d’été, l’Évêque avait don­né à dîner aux auto­ri­tés de la ville. Par­mi les invi­tés se trou­vaient le Pro­cu­reur du roi et le pre­mier Avo­cat-géné­ral. Quelques dis­cus­sions ani­mèrent la soi­rée et la pro­lon­gèrent jusqu’à une heure indue. On joua au whist et au tric­trac, le jeu qu’affectionnent les évêques. Vers onze heures du soir, le Pro­cu­reur du roi se trou­vait sur les ter­rasses supé­rieures. Du coin où il était, il aper­çut une lumière dans cette île qui, par un cer­tain soir, avait atti­ré l’attention de l’abbé Gabriel et de l’Évêque, l’île de Véro­nique enfin ; cette lueur lui rap­pe­la les mys­tères inex­pli­qués du crime com­mis par Tasche­ron. Puis, ne trou­vant aucune rai­son pour qu’on fît du feu sur la Vienne à cette heure, l’idée secrète qui avait frap­pé l’Évêque et son secré­taire le frap­pa d’une lueur aus­si subite que l’était celle de l’immense foyer qui brillait dans le loin­tain. – Nous avons tous été de grands sots, s’écria-t-il, mais nous tenons les com­plices. Il remon­ta dans le salon, cher­cha mon­sieur de Grand­ville, lui dit quelques mots à l’oreille, puis tous deux dis­pa­rurent ; mais l’abbé de Ras­ti­gnac les sui­vit par poli­tesse, il épia leur sor­tie, les vit se diri­geant vers la ter­rasse, et il remar­qua le feu au bord de l’île. – Elle est per­due, pensa-t-il.

Hono­ré de Bal­zac, *Le Curé de vil­lage*, Biblio­thèque élec­tro­nique du Qué­bec, p.219–220.

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