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title: 'Histoire de la révolution russe'
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date: '2026-07-01'
description: 'Œuvre monu­men­tale, l’His­toire de la révo­lu­tion russe qu’écrit Trots­ki entre 1929 et 1932 com­prend deux tomes. Dans le pre­mier, l’auteur aborde la révo­lu­tion de Février 1917, au terme de laquelle le tsar abdique et la dynas­tie impé­riale des Roma­nov est dépo­sée, et qui voit s’installer …'
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# His­toire de la révo­lu­tion russe

 [Léon Trotski](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/leon-trotski)

> \[…\] bien loin au-delà des fron­tières du pays, sur le ter­ri­toire fran­çais, l’on pro­cé­da, à l’échelle d’un labo­ra­toire, à une ten­ta­tive de « résur­rec­tion » des troupes russes, en dehors de la por­tée des bol­che­viks, et, par consé­quent, d’autant plus pro­bante. Pen­dant l’été et l’automne, dans la presse russe, péné­trèrent, mais res­tèrent dans le tour­billon des évé­ne­ments presque inaper­çues, des infor­ma­tions sur la révolte armée qui avait écla­té dans les troupes russes en France. Les sol­dats des deux bri­gades russes qui se trou­vaient en ce pays étaient, d’après l’officier Lis­sovs­ky, dès jan­vier 1917, par consé­quent avant la révo­lu­tion, « fer­me­ment per­sua­dés d’avoir été tous ven­dus aux Fran­çais, en échange de muni­tions ». Les sol­dats ne se trom­paient pas tel­le­ment. À l’égard des patrons alliés, ils ne nour­ris­saient « pas la moindre sym­pa­thie », et à l’égard de leurs offi­ciers — pas la moindre confiance.
> 
> \[…\] Fort peu de temps après l’insurrection de Février, la 1re bri­gade était sor­tie de la subor­di­na­tion. Elle ne vou­lait com­battre ni pour l’Alsace ni pour la Lor­raine. Elle ne vou­lait pas mou­rir pour la belle France. Elle vou­lait essayer de vivre dans la Rus­sie neuve. La bri­gade fut rame­née à l’arrière et can­ton­née au centre de la France dans le camp de La Courtine.
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> « Au milieu de bour­gades bour­geoises — raconte Lis­sovs­ky — dans un immense camp, com­men­cèrent à vivre en des condi­tions tout à fait par­ti­cu­lières, inso­lites, envi­ron dix mille sol­dats russes muti­nés et armés, n’ayant pas auprès d’eux d’officiers et n’acceptant pas, réso­lu­ment, de se sou­mettre à qui­conque. » \[…\] C’est ain­si que les auto­ri­tés mili­taires de la France met­taient en scène sur leur ter­ri­toire une guerre civile entre Russes, après l’avoir pré­cau­tion­neu­se­ment entou­rée d’une bar­rière de baïonnettes.
> 
> C’était une répé­ti­tion géné­rale. Par la suite, la France gou­ver­nante orga­ni­sa la guerre civile sur le ter­ri­toire de la Rus­sie elle-même en l’encerclant avec les fils bar­be­lés du blocus.
> 
> « Une canon­nade en règle, métho­dique, sur le camp, fut ouverte. » Du camp sor­tirent quelques cen­taines de sol­dats dis­po­sés à se rendre. On les reçut, et l’artillerie rou­vrit aus­si­tôt le feu. Cela dura quatre fois vingt-quatre heures. Les hommes de La Cour­tine se ren­daient par petits déta­che­ments. Le 6 sep­tembre, il ne res­tait en tout qu’environ deux cen­taines d’hommes qui avaient déci­dé de ne pas se rendre vivants. À leur tête était un Ukrai­nien nom­mé Glo­ba, un bap­tiste, un fana­tique : en Rus­sie, on l’eût appe­lé un bol­che­vik. Sous le tir de bar­rage des canons, des mitrailleuses et des fusils, qui se confon­dirent en un seul gron­de­ment, un véri­table assaut fut don­né. À la fin des fins, les mutins furent écra­sés. Le nombre des vic­times est res­té incon­nu. L’ordre, en tout cas, fut réta­bli. Mais, quelques semaines après, déjà, la 2e bri­gade, qui avait tiré sur la 1re, se trou­va prise de la même maladie…
> 
> Les sol­dats russes avaient appor­té une ter­rible conta­gion à tra­vers les mers, dans leurs musettes de toile, dans les plis de leurs capotes et dans le secret de leurs âmes. Par-là est remar­quable ce dra­ma­tique épi­sode de La Cour­tine, qui repré­sente en quelque sorte une expé­rience idéale, consciem­ment réa­li­sée, presque sous la cloche d’une machine pneu­ma­tique, pour l’étude des pro­ces­sus inté­rieurs pré­pa­rés dans l’armée russe par tout le pas­sé du pays.

 Léon Trots­ki, *His­toire de la révo­lu­tion russe*, tome 2, *Octobre* (édi­tion dis­po­nible sur [marxists.org](https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrrsomm.htm)).

Œuvre monu­men­tale, l’*His­toire de la révo­lu­tion russe* qu’écrit Trots­ki entre 1929 et 1932 com­prend deux tomes. Dans le pre­mier, l’auteur aborde la révo­lu­tion de Février 1917, au terme de laquelle le tsar abdique et la dynas­tie impé­riale des Roma­nov est dépo­sée, et qui voit s’installer un régime répu­bli­cain pro­vi­soire. Dans le second, Trots­ki décrit la révo­lu­tion d’Octobre, qui voit les bol­che­viques — aux­quels il appar­tient avec Lénine — l’emporter sur les répu­bli­cains, abou­tis­sant à l’instauration du régime com­mu­niste qui triomphe ensuite au terme de la guerre civile.

Trots­ki écrit cet ouvrage fleuve en 1929, durant son exil sur l’île turque de Prin­ki­po (aujourd’hui Büyü­ka­da), où il est pla­cé en liber­té sur­veillée. Il entend ici davan­tage faire preuve d’un tra­vail d’historien que de se livrer à un nou­vel exer­cice auto­bio­gra­phique, seule­ment un an après l’achèvement de *Ma vie*, qui en l’occurrence lui per­met­tait clai­re­ment de reve­nir sur son par­cours per­son­nel. L’ancien héros de 1917 four­nit donc un impor­tant tra­vail de recherche docu­men­taire pour ache­ver cette immense pro­duc­tion. Cette *His­toire de la révo­lu­tion russe* ne sau­rait tou­te­fois être limi­tée à sa dimen­sion didac­tique, et prend tout son sens esthé­tique et moral en ce qu’elle est aus­si le témoi­gnage sin­gu­lier d’un pen­seur et d’un acteur des événements.

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