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title: 'Il a eu quatre-vingt-trois ans...'
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date: '2026-07-01'
description: 'Son col­lier de barbe, énorme, lui donne un air de bête humaine. Mar­celle Tinayre, L’Ombre de l’amour, Maiade édi­tions, 2007 La méde­cine ne pou­vant par­fois pas tout, inquiète de l’état de san­té du jeune Jean Favières, Denise se rend, accom­pa­gnée de For­tu­nade, au Chas­tang, chez le père …'
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# Il a eu quatre-vingt-trois ans…

 [Marcelle Tinayre ](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/marcelle-tinayre) | [*L’Ombre de l’amour*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/marcelle-tinayre/lombre-de-lamour) (1909)

> — Il a eu quatre-vingt-trois ans, l’autre semaine, dit For­tu­nade. La tête n’y est plus… Il ne com­prend pas… Allons-nous-en.
> Mais Denise était comme fas­ci­née… C’était donc là le célèbre *metje* de Mona­douze, le for­ge­ron sor­cier, le maître des sorts et des envoû­te­ments, devant qui trois géné­ra­tions de pay­sans avaient trem­blé. Dupe de ses propres mani­gances ou simu­la­teur habile, il était là, vain­cu par le méde­cin, par l’homme des livres et des labo­ra­toires, réduit à cette ani­ma­li­té qui n’inspirait pas la com­pas­sion, certes, mais qui était majes­tueuse et presque ter­rible…
> Iso­lé sur les confins de l’extrême vieillesse, comme un ermite sur un mont, hors de l’espèce, hors de l’âge, il sem­blait fait de la même matière que les arbres et les rochers, os de pierre et muscles ligneux, avec une face de bête sacrée. Sans doute, il ne com­pre­nait plus la parole humaine, mais il enten­dait pous­ser l’herbe, et rôder la taupe, et, comme ses chiens, il sen­tait la mort quand elle entre dans toutes les mai­sons ou quand elle s’installe au fond d’un être.
> — Allons-nous-en, made­moi­selle ! répé­ta For­tu­nade. Il ne voit plus ; il n’écoute plus… et il res­te­ra, comme cela, des jours, et des nuits… Tout à coup, il paraît se réveiller : il mange et il dit quelques mots… et puis il rede­vient tel qu’une souche.

 Mar­celle Tinayre, *L’Ombre de l’amour*, Maiade édi­tions, 2007, p.254–255.

> Son col­lier de barbe, énorme, lui donne un air de bête humaine.

Mar­celle Tinayre, *L’Ombre de l’amour*, Maiade édi­tions, 2007

La méde­cine ne pou­vant par­fois pas tout, inquiète de l’état de san­té du jeune Jean Favières, Denise se rend, accom­pa­gnée de For­tu­nade, au Chas­tang, chez le père Vey­drenne, le vieux *metje* qui n’est alors plus que l’ombre de lui-même…

> — Oh ! sûr, qu’il manque des choses, mais quoi?… on s’en passe… Et puis, le père est là… Il sait les bonnes herbes et les paroles… Ah ! il en a gué­ri, des gens, aux temps d’autrefois!… On venait de Cham­be­ret et d’Argentat, oui, des deux bouts du dépar­te­ment pour le voir… Le mal de rate, le mal de pou­mon, les enfants *noués*, l’eau qui gonfle le ventre, le père avait des secrets pour tout ça… Et tiens, ce soir, il m’a *char­mé* ma fièvre!… Quand tu seras malade, tu le feras venir… sans que per­sonne le sache… Il ira bien, pour toi, rien que pour toi… Mais fau­dra pas le dire… Si le méde­cin le savait, le père paie­rait l’amende au tri­bu­nal… Le méde­cin!… le méde­cin!… Il jura bru­ta­le­ment. — Qu’est-ce qu’il vou­lait espion­ner, chez nous ? Je l’ai f… à la porte… Il a pris tous les clients du père, à force de men­te­ries et de méchan­ce­tés!… — Vous par­lez trop, Mar­tial Vey­drenne… Votre fièvre n’est pas bien *char­mée*!… Tai­sez-vous donc… Et vous, le *grand*, dites-lui donc qu’il se taise ! Le *metje* hoche la tête et sa bouche éden­tée mâchonne des mots patois par­mi la brous­saille de sa barbe sale. Naguère, il fut une puis­sance, dans le pays… Mais depuis si long­temps qu’il a éteint sa forge et ces­sé son métier de mage et de rebou­teux, sa cer­velle s’est dur­cie, sa langue para­ly­sée, dans la solitude…

Mar­celle Tinayre, *L’Ombre de l’amour*, Maiade édi­tions, 2007, p.124–126.

Le père Vey­drenne de Mar­celle Tinayre est une réfé­rence évi­dente au repor­tage que Gas­ton Vuillier publie dans *le Tour du monde* en 1899, « Chez les magi­ciens et les sor­ciers de la Cor­rèze » et plus par­ti­cu­liè­re­ment au *metje* Cha­zal qui pra­tique le mar­te­lage de la rate.

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