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title: 'Quelle solitude !...'
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date: '2026-07-01'
description: 'S’attachant aux pas de For­tu­nade, de la mai­son du doc­teur Cay­rol à l’auberge de Mona­douze, Mar­celle Tinayre évoque tout à la fois les cas­cades finis­sant dans l’Inferno et les légendes et croyances atta­chées à chaque élé­ment de ce pay­sage nocturne.'
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# Quelle soli­tude !…

 [Marcelle Tinayre ](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/marcelle-tinayre) | [*L’Ombre de l’amour*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/marcelle-tinayre/lombre-de-lamour) (1909)

> Quelle soli­tude!… D’un côté, la col­line, tailla­dée par les cultures en échelle, monte, cou­ron­née de châ­tai­gniers tor­dus. De l’autre côté, le ravin se creuse, noir de bruyère sous des plaques de neige fon­dante. La Mona­douze y tombe, en quatre sauts, dans un fra­cas d’enfer et un remous énorme d’écume, puis, sur les roches ébou­lées, elle fuit, oblique et chan­tante, vers les *gours* obs­curs de l’*Infer­no*.
> Un épe­ron de rocher porte le cime­tière qui avance au-des­sus des cas­cades. Le mur retient les terres qui s’éboulent, et, sur la pointe de l’éperon, un noyer gigan­tesque semble défendre le triste petit enclos. Son ombre froide tue, en été, toutes les vies végé­tales, et des branches défeuillées, en hiver, contiennent, en un lacis noir, de grands mor­ceaux bleus et verts du pay­sage.
> Les gens de Mona­douze hésitent à pas­ser, le soir venu, devant ce cime­tière iso­lé, et la petite cha­pelle tou­jours close qui s’élève en face. C’est là que, « dans le temps », le vieux Bran­dou a ren­con­tré « la bête blanche », et que, dans des temps plus anciens, le *bérou* atten­dait les ivrognes attar­dés pour leur che­vau­cher les épaules.
> For­tu­nade, qui tra­verse, chaque soir, ce car­re­four, n’y est pas bien ras­su­rée, mal­gré la confiance en Dieu… Ses pieds la conduisent, mais elle ferme les yeux pour ne pas voir la grille rouillée s’entr’ouvrir, peut-être, avec un aigre gémis­se­ment, et le noyer fan­tôme pen­cher sur le gouffre et se dis­lo­quer, entraî­nant la terre et les morts mêlés à ses racines… Voi­ci, enfin, les mai­sons de Mona­douze, celle du tis­se­rand, celle des Buneil, celle de la Lio­nar­doune. Voi­ci l’église avec ses quatre cloches inégales, visibles par les quatre ouver­tures du clo­cher. Le bedeau, sur le seuil, balaie la neige.
> Des porcs courent ça et là, et répandent leur odeur repous­sante, qui se mêle aux relents de l’étable. Ils sont fami­liers et iro­niques, ces porcs limou­sins, tache­tés de noir sur rose, et qui semblent enca­pu­chon­nés et culot­tés. Libres, ils font le ser­vice de la voi­rie, comme dit Cay­rol, et, le soleil cou­ché, ils réin­tègrent cha­cun sa bauge.
> L’auberge épand au dehors une lueur de lampe, un par­fum de fri­ture, un bruit de voix. Les images et les cartes pos­tales illus­trées égaient ses petites fenêtres, et, der­rière le rideau rele­vé, For­tu­nade aper­çoit les pots de géra­nium, qui fleu­ri­ront au prin­temps, verts ou rouges comme les images d’Epinal.

 Mar­celle Tinayre, *L’Ombre de l’amour*, Maiade édi­tions, 2007, p.114–117.

S’attachant aux pas de For­tu­nade, de la mai­son du doc­teur Cay­rol à l’auberge de Mona­douze, Mar­celle Tinayre évoque tout à la fois les cas­cades finis­sant dans l’Inferno et les légendes et croyances atta­chées à chaque élé­ment de ce pay­sage nocturne.

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