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title: 'Un pont de bois...'
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date: '2026-07-01'
description: 'Avec cet extrait, Mar­celle Tinayre nous donne à voir, aux côtés de Denise, les pre­miers amé­na­ge­ments réa­li­sés pour le parc vou­lu par le mon­sieur de Paris acqué­reur des ter­rains adja­cents aux cascades.'
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# Un pont de bois…

 [Marcelle Tinayre ](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/marcelle-tinayre) | [*L’Ombre de l’amour*](https://gc.reclic.dev/fr/geoculture/marcelle-tinayre/lombre-de-lamour) (1909)

> Un pont de bois, jeté sur le tor­rent, en amont des chutes, reliait le pro­mon­toire rocheux de Mona­douze au flanc oppo­sé du ravin. Une route en cor­niche sui­vait, au-delà du pont, les sinuo­si­tés de la gorge, et Denise, par­ve­nue sur cette route, aper­çut, de l’autre côté du gouffre, le che­min qu’elle avait sui­vi tout à l’heure et le toit bleuâtre de sa mai­son. Elle mar­chait, main­te­nant, face au cou­chant, et l’immense cla­meur des cas­cades, mon­tant de terre, presque sous ses pieds, l’assourdissait, la fai­sait vibrer toute, comme un cris­tal. A tra­vers les châ­tai­gniers qui couvrent la pente, elle dis­tin­guait la masse écu­meuse de la pre­mière chute, celle qui tombe, obli­que­ment, de trente-cinq mètres, et s’écrase sur un tas de gra­nits, dans un pou­droie­ment d’arc-en-ciel… Un grillage défen­dait l’enclos. Denise pous­sa la petite porte, qui fit jouer une son­nette, et s’engagea dans l’étroit che­min, récem­ment frayé, qui ser­pen­tait entre les arbris­seaux et les grosses pierres déclives. Il était tou­jours humide, ce che­min, glis­sant, traître, mal­gré les marches taillées çà et là, et plein de feuilles déjà moi­sies. Des houx, des gené­vriers char­gés de baies noires, des fou­gères pous­saient par­tout. Et, de lacet en lacet, on arri­vait, à mi-pro­fon­deur, jusqu’à la seconde chute, la Redole, un large épa­nouis­se­ment de neige mou­vante. Là, sur une roche avan­cée en proue de vais­seau, le cha­let minus­cule nou­vel­le­ment construit, dres­sait ses pignons suisses, allon­geait sa petite ter­rasse pro­té­gée par un garde-fou… Plus bas, dans un chaos de gra­nits vio­lets et rou­geâtres, la troi­sième chute sem­blait vrai­ment l’énorme queue du che­val pâle de l’Apocalypse, une gerbe écla­tante, allon­gée, fuyante, aspi­rée par les ténèbres de l’*Infer­no*…
> 
> Denise, les oreilles bri­sées, les che­veux mouillés d’embrun, arri­va enfin au cha­let. Les tables et les chaises de fer, sur la ter­rasse, étaient ran­gées bien en ordre, et la porte de la mai­son­nette fer­mée à clef. Par une des fenêtres, made­moi­selle Cay­rol entre­vit la salle boi­sée de pitch­pin, les armoires de « curio­si­tés », la vitrine des cartes pos­tales, et sur une table, en évi­dence, un tri­cot bleu aux grandes aiguilles…

 Mar­celle Tinayre, *L’Ombre de l’amour*, Maiade édi­tions, 2007, p.286–288.

Avec cet extrait, Mar­celle Tinayre nous donne à voir, aux côtés de Denise, les pre­miers amé­na­ge­ments réa­li­sés pour le parc vou­lu par le mon­sieur de Paris acqué­reur des ter­rains adja­cents aux cascades.

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