« Père, dit-il [Chlod­wig] à l’ermite, quelle récom­pense désires-tu ?
— Aucune, répon­dit Leo­nar­dus. Toute gloire doit reve­nir à Dieu, car toute gloire sort de lui.
— Veux-tu être roi ? insis­ta le bar­bare ; j’irai conqué­rir un royaume pour mon parent, le des­cen­dant de Méro­vée.
— Mon royaume n’est pas de ce monde, répon­dit le soli­taire ; mais si tu veux abso­lu­ment m’accorder des biens tem­po­rels, donne-moi un mor­ceau de terre dans cette forêt pour y bâtir un monas­tère.
— Tu l’auras, dit le roi en s’éloignant avec ceux qui l’avaient accom­pa­gné, et main­te­nant, hâte-toi de deman­der à Dieu la grâce de ma bien-aimée. »

Le roi et ses com­pa­gnons sor­tirent et s’enfoncèrent dans l’épaisseur du bois pour rega­gner le châ­teau. Au moment où ils arri­vèrent aux limites du camp, ils aper­çurent des feux qui s’allumaient de toutes parts en signe d’allégresse. Les chants et les danses des Bar­bares trou­blaient le silence de la nuit : Chlo­tilde avait été heu­reu­se­ment déli­vrée au moment où Leo­nar­dus s’était mis en prières.
Le roi don­na à Leo­nar­dus une par­tie de la forêt de Pavum, et dota de riches pré­sents le monas­tère qu’on y bâtit. Dès ce moment, la ville de Saint-Léo­nard fut fondée.

Élie Ber­thet, Saint Léo­nard – Chlod­wig-le-Che­ve­lu, p. 311–312.

Au déses­poir, ses prières à Dieu comme à ses anciens dieux n’ayant pas des­ser­ré l’étreinte de la mort autour de sa femme Chlo­tilde et de son fils à naître, le roi Chlod­wig demande à Jucun­dius de le conduire auprès de l’ermite croi­sé le matin même…

La nuit était tom­bée ; Chlod­wig et ses deux com­pa­gnons [l’évêque Vedas­tus et Jucun­dius] par­cou­raient en silence les routes téné­breuses de la forêt, sous la conduite de Jucun­dius. Bien­tôt on se trou­va devant l’ermitage, qui s’élevait dans une posi­tion aride et soli­taire au fond de la val­lée. La porte entr’ouverte en lais­sait aper­ce­voir l’intérieur simple et pauvre, plein de la poé­sie vierge du chris­tia­nisme primitif.

Élie Ber­thet, Saint Léo­nard – Chlod­wig-le-Che­ve­lu.

S’étonnant de le voir sur le départ, revê­tu d’une armure franque, l’ermite se révèle : Leo­nar­dus n’est autre que le fils de Rigno­mer, mena­cé par Chlodwig.

«[…] Oui, Chlod­wig, le même sang coule dans nos veines ; comme toi j’ai aimé le car­nage et le bar­dit de la guerre ; mais, plus heu­reux que toi, j’ai recon­nu de bonne heure les vani­tés et les misères des choses de ce monde. Ma che­ve­lure royale es tom­bée sous le ciseau, et je me suis fait petit devant les hommes afin d’être plus grand devant Dieu. »

Élie Ber­thet, Saint Léo­nard – Chlod­wig-le-Che­ve­lu.

Chlod­wig s’engage à renon­cer à son « com­plot » et implore alors Leo­nar­dus de prier pour sa femme et son fils à naître, lui assu­rant de quoi fon­der un monas­tère, autour duquel s’établit alors la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.