Martin Nadaud

Mar­tin Nadaud, par André Gill

Cari­ca­ture de Mar­tin Nadaud (1815–1898), maître et homme poli­tique fran­çais, dépu­té de la Creuse de 1876 à 1889, par André Gill, en une du jour­nal Les Hommes d’au­jourd’­hui.

« Ouvrier, pro­fes­seur, dépu­té », c’est ain­si que se défi­nit, bien modes­te­ment, Mar­tin Nadaud.

Bien que mort à l’endroit même qui l’avait vu naître, à La Mar­ti­nèche sur la com­mune de Sou­bre­bost en Creuse, Mar­tin Nadaud se fait certes le témoin de son époque mais est sur­tout un acteur, poli­tique notam­ment, des chan­ge­ments du remuant XIXe siècle.

Enfant, Mar­tin Nadaud aide à la ferme fami­liale, pal­liant ain­si l’absence de son père, mon­té à Paris une bonne par­tie de l’année afin d’y exer­cer le métier de maçon. À l’un de ses retours, celui-ci insiste : son fils aura de l’instruction ; Mar­tin Nadaud apprend donc à lire cou­ram­ment. Cepen­dant, il doit se faire lui aus­si maçon creu­sois : à l’âge de qua­torze ans, il quitte La Mar­ti­nèche pour Paris, aux côtés de son père. Il y découvre une vie rude, faite de périlleux labeurs et de condi­tions d’hygiène déplo­rables.
Il rejoint la Socié­té des droits de l’homme avant ses vingt ans, suit les cours du soir afin de par­faire son ins­truc­tion et se fait lui-même pro­fes­seur auprès de ses col­lègues et autres ouvriers.

Répu­bli­cain, socia­liste, il se fait remar­quer lors des grèves du bâti­ment de 1840. La Révo­lu­tion de 1848 va vrai­ment le révé­ler : suite à une inter­ven­tion lors d’une réunion de Creu­sois à Paris, il est dési­gné can­di­dat pour les pro­chaines élec­tions légis­la­tives. Bat­tu une pre­mière fois, il entre fina­le­ment à la Chambre en mai 1849. Son man­dat sera de courte durée : arrê­té dans la nuit du coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napo­léon Bona­parte, il se voit ban­ni au tout début de l’année 1852 et s’exile, dans un pre­mier temps en Bel­gique puis en Angle­terre où, après avoir exer­cé son métier de maçon, il devient enseignant.

Mar­tin Nadaud rejoint la France après le déclen­che­ment de la guerre fran­co-prus­sienne de 1870. Il est nom­mé pré­fet de la Creuse par Gam­bet­ta en sep­tembre 1970 mais ne le reste que peu de temps. Mal­gré la cam­pagne qu’il mène et qui l’amène jusqu’à Bous­sac (comme le raconte George Sand dans son Jour­nal d’un voya­geur pen­dant la guerre), il est bat­tu en Creuse aux légis­la­tives de 1871 ; il rejoint alors Paris et par­ti­cipe timi­de­ment à la Com­mune. Élu conseiller muni­ci­pal de Paris en juillet 1871 puis en novembre 1874, il plaide pour l’amnistie des com­mu­nards et joue un rôle majeur dans la recons­truc­tion de Paris.

En février 1876, il est une nou­velle fois élu dépu­té de la Creuse pour l’arrondissement de Bour­ga­neuf, puis réélu en 1877 (scru­tin anti­ci­pé), 1881 et 1885. Bat­tu en 1889, il se retire chez lui, à La Mar­ti­nèche, où il rédige ses Mémoires de Léo­nard, ancien gar­çon maçon qu’il publie chez un édi­teur de Bour­ga­neuf en 1895.

Liens

« Un maçon à l’Assemblée » dans le jour­nal Fakir

De quoi faire débat, une série de quatre articles sur Mar­tin Nadaud