L’impatience…

Élie Berthet | Le Prieur des pénitents rouges (1839)

L’impatience com­men­çait à gagner cette troupe de gens qui étaient là sur leurs jambes depuis l’aube du jour, quand tout à coup le son de la grosse cloche de Saint-Michel se fit entendre ; le condam­né sor­tait de la pri­son pour se rendre au lieu du sup­plice. Un fré­mis­se­ment de ter­reur par­cou­rut la foule ; tous les yeux se tour­nèrent spon­ta­né­ment vers la rue par laquelle devait débou­cher le cor­tège ; quelques femmes se signèrent ; puis, on se mit à écou­ler le son lent et solen­nel de la cloche qui ne devait ces­ser qu’avec la vie du condamné.

L’attente ne fut pas longue, la dis­tance qui sépare la place des Bancs de l’ancien palais de jus­tice étant à peine de quelques cen­taines de pas. Bien­tôt tous les cols se ten­dirent, tous les spec­ta­teurs se levèrent sur la pointe des pieds, et mille voix répé­tèrent dans le lan­gage du pays : lou véqui (le voici).

En effet, la tête du cor­tège tour­nait en ce moment l’angle de la rue. La foule recu­lait avec viva­ci­té devant les cava­liers qui ouvraient passage.

Après les cava­liers, parut le gref­fier en robe noire et la confré­rie entière des péni­tents, qui jouait un rôle si impor­tant dans cette cir­cons­tance. Ils mar­chaient sur deux files, recou­verts de leur effrayant cos­tume, que ren­daient plus ter­rible encore les deux trous faits à leur capuce rouge, et au tra­vers des­quels on voyait briller leurs yeux. Un confrère por­tait, pieds nus et en grande dévo­tion, une vaste croix d’argent cou­verte d’un long voile de satin rouge bro­ché d’or, dont deux petits péni­tents, les pieds nus aus­si, tenaient chaque extré­mi­té. Ils avaient tous à la main un grand cierge allu­mé et chan­taient d’un ton lent, mono­tone, d’un ton qui n’appartient peut-être qu’aux péni­tents limou­sins, le De Pro­fun­dis et le Libe­ra.

Élie Ber­thet, Le Prieur des péni­tents rouges, E. Den­tu, 1877, p.264–265.

Après que les cloches de Saint-Michel-des-Lions se sont fait entendre, le condam­né rejoint depuis la proche pri­son la place des Bancs, accom­pa­gné d’un cor­tège au sein duquel les péni­tents rouges ne manquent pas de se faire remar­quer, « recou­verts de leur effrayant cos­tume, que ren­daient plus ter­rible encore les deux trous faits à leur capuce rouge, et au tra­vers des­quels on voyait briller leurs yeux ».