Les Cinq Ten­ta­tions de La Fontaine

Jean Giraudoux – 1938

Publiées en 1938 chez Gras­set, Les Cinq Ten­ta­tions de La Fon­taine sont en fait le texte d’un cycle de cinq confé­rences que Jean Girau­doux a don­nées au tout début de l’année 1936 (22 et 29 jan­vier, 5, 12 et 19 février) à l’Université des Annales, où il inter­vient pour la cin­quième fois.

Son objet : mon­trer com­ment La Fon­taine est par­ve­nu à écrire les Fables, mal­gré les « obs­tacles », les « ten­ta­tions » qui pour­tant l’en éloi­gnaient, au cours d’une vie qu’il est « impos­sible de racon­ter […] autre­ment que comme une épo­pée de la sim­pli­ci­té et de la dis­trac­tion ». L’objet donc de sa causerie :

Ce sera l’histoire de cette longue ten­ta­tion, de ces sortes d’attentats, par bon­heur avor­tés, du des­tin contre la vie et l’esprit de La Fon­taine, de cette vic­toire rem­por­tée par l’être le plus inof­fen­sif et le plus dénué de défense sur tous les démons des siècles et du grand siècle.

Jean Girau­doux

Cha­cune de ses confé­rences est donc cen­trée sur l’un des « cinq tableaux de cette ten­ta­tion » : la vie bour­geoise, les femmes, la vie mon­daine, la lit­té­ra­ture pour finir avec « la ten­ta­tion, sur cet esprit aus­si intel­li­gent que pas­sion­né, des deux formes les plus aigües de l’intelligence et de la pas­sion, le scep­ti­cisme et la doc­trine ».

Rien de plus connu que la vie de La Fon­taine. Ce que je vais vous en dire ne vous appren­dra rien de nou­veau. […] Mais il y a dans la vie de La Fon­taine un charme qui ne per­met pas au bio­graphe de la modi­fier, pas plus que le conteur ne modi­fie Peau d’Âne ou le Chat Bot­té, et, de même que les enfants obligent le nar­ra­teur de ces contes à ne pas s’écarter d’un pouce du récit habi­tuel, trouvent leur joie à écou­ter de nou­veau ce qu’ils ont enten­du cent fois, je sais que vous serez enchan­tés d’écouter des anec­dotes dont je n’ai pas décou­vert ni inven­té une seule.

Jean Girau­doux

Pour­tant, Jean Girau­doux est loin de l’exactitude que laisse pré­sa­ger cette décla­ra­tion de prin­cipe. Ain­si, dans sa pré­face pour la Librai­rie géné­rale fran­çaise, Jacques Robi­chez pointe son « laxisme » :

On a mau­vaise grâce à le prendre en faute comme un brillant mau­vais élève. Il faut conti­nuer cepen­dant : il cite beau­coup et il cite mal. Vers faux, phrases tron­quées sont innom­brables. Ici, comme ailleurs, il n’a visi­ble­ment pas cor­ri­gé ses épreuves, ou alors, en pen­sant à autre chose. […] Les inexac­ti­tudes de fait abondent, igno­rances ou petites fal­si­fi­ca­tions embel­lis­santes. Ne croyons pas un mot, par exemple, de la gen­tille his­toire du pro­fes­seur Bor­necque : les archives du lycée de Châ­teau­roux sont for­melles, Girau­doux n’y a jamais été bon élève. […]

Mais l’érudition n’a que faire ici. Nous sommes près du théâtre et la véri­té au théâtre est faite de men­songes. Girau­doux, à pre­mière vue, nous apprend beau­coup plus sur lui-même que sur son auteur. Mais, par­lant de lui-même, éva­sions, dis­trac­tions, désin­vol­ture, absences char­mantes, entente pri­vi­lé­giée avec la poé­sie, il parle de La Fontaine.